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L'évaluation de la formation à l'épreuve de la réalité

Synthèse du jeudi de l'Afref du 21 avril 2016 

Dispositifs de formation multimodaux et complexes, réglementation de la qualité, développement du training advisor… La réforme de la formation et l'essor du consumérisme réinterrogent complètement l'évaluation de la formation. Pourtant, cette notion reste une source inépuisable de recherches et d'expérimentations dans les entreprises. Le "Jeudi de l'Afref" du 21 avril 2016 a permis de débattre de cette question.

"A chaque fois que l'on parle d'évaluation de la formation, on est au bord de la noyade!" En ouvrant le "Jeudi de l'Afref" du 21 avril 2016 sur le thème de l'évaluation, Philippe Joffre, consultant et président de Paradoxes-Conseils donne le ton de cette matinée foisonnante. Evaluation des politiques, des systèmes, des organismes, des modalités, des programmes, des personnes, des effets de la formation: de quoi parle-t-on? Source inépuisable de travaux de recherche, cette question est une préoccupation concrète pour les acteurs (entreprises, organismes de formation, Opca, acheteurs publics…) dans un cadre légal renouvelé – en particulier depuis la loi du 5 mars 2014 et le décret du 30 juin 2015 sur la qualité des formations[1]. Les acteurs doivent approcher plus finement le ROI (ou ROE[2]) sur des dispositifs de formation de plus en plus complexes et multimodaux liés au développement du digital, et dans une société consumériste où le "liking", les recommandations, les systèmes de cotation par étoiles et le training advisor sont en plein essor.

A quoi renvoie cette notion?

"L'évaluation n'est pas un sujet nouveau, mais sur le plan conceptuel on est encore loin de savoir à quoi renvoie cette notion", note Nora Yennek, chercheuse associée au laboratoire de cognition humaine et artificielle de  de l’Université de Paris Ouest Nanterre la Défense. Dans la multitude de concepts, celle-ci se place plutôt du côté de l'évaluation des actions de formation et en distingue trois types: "L'implicite qui se révèle à travers ses effets (l'auto-censure d'un apprenant qui ne se présente pas à un examen, par exemple), l'évaluation spontanée, à chaud dès la sortie de la formation, et l'évaluation instituée, à la fois explicite dans sa formulation mais surtout dans l'instrumentation qu'elle met en place." Pour Nora Yennek, la notion d'évaluation de la formation renvoie à celle d'efficience, et la chercheuse retient la définition de Philippe Carré[3]: une formation efficace doit permettre "d'optimiser le rapport avec ses résultats et ses coûts". Elle doit être co-construite avec l'apprenant, "client principal, à qui revient le premier rôle dans la formation". Un rôle renforcé par la dernière réforme de la formation qui rend "le salarié acteur de son parcours professionnel", souligne René Bagorski, président de l'Afref.

Le modèle Kirkpatrick résiste…

Dans le débat sur l'évaluation de la formation, le modèle de Donald Kirkpatrick reste incontournable. Développé à la fin des années 50, il est basé sur quatre niveaux d'évaluation (degré de satisfaction des participants, évaluation des apprentissages, évaluation du niveau de transfert, c'est-à-dire de la mise en œuvre des compétences acquises, et évaluation des résultats de la formation: augmentation de la production ou de la qualité, réduction des coûts, etc.). "On ne peut pas parler d'évaluation sans utiliser le vocabulaire du modèle Kirkpatrick...", constate Nora Yennek, auquel s'est ajouté, à la fin des années 90, un cinquième niveau, le ROI. Pourtant, relève la chercheuse, "ce modèle est insuffisamment contextualisé". De plus, "c'est la satisfaction des apprenants qui est le plus évalué, et plus on monte dans les niveaux, moins on évalue". Une formation efficace serait donc une formation satisfaisante pour l'apprenant-client? Pas si simple. D'autant plus que cette satisfaction s'exprime en général à l'égard du formateur. On est loin de l'évaluation du niveau de transfert par exemple…

Toutefois, dans la mesure où le 6ème critère du décret du 30 juin 2015 sur la qualité des formations précise que les financeurs doivent s'assurer de "la prise en compte des appréciations rendues par les stagiaires", Nora Yennek estime qu'il va "falloir creuser cette notion". L'appréciation client peut, par exemple, se traduire par une motivation à suivre une nouvelle formation. Dans quelle mesure également, une situation formative soutient l'intérêt des apprenants pour un sujet donné et permet de lutter contre l'ennui et le décrochage? Qu'il s'agisse des traditionnels face-à-face pédagogiques, ou des Mooc, Cooc et autres Spoc dont les taux de complétion sont souvent assez faibles (10% chez Orange).

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Jeudi de l'Afref du 26 mai 2016 : Innovations technologiques en formation, des enjeux financiers aux pratiques pédagogiques

Avec la loi de réforme de la formation professionnelle et son décret d’application relatif aux FOAD, la formation peut désormais, en toute légalité, s’effectuer, tout ou partie, à distance. On peut penser que cette légitimité nouvelle va renforcer l’intérêt pour ces dispositifs et les possibilités qu’elle ouvre. Mais face aux enjeux financiers qui caractérisent le marché croissant de ces technologies, il importe de se demander, en quoi les innovations actuelles liées à la digitalisation de la formation, sont-elles porteuses à la fois de promesses et de leurres.

Au cours de ce jeudi de l’AFREF, après un rappel du cadre réglementaire en la matière, on cherchera notamment à comprendre comment les formateurs, dans l’usage pédagogique qu’ils ont de ces technologies, tentent de réduire la distance que connait l’apprenant face à l’écran.
Cette présentation sera suivie de témoignages d’expériences d’organismes et d’entreprises, qui permettront de s’interroger et d’identifier les avancées qu’elles proposent, les écueils rencontrés, avec un éclairage spécifique sur la question du rapport au savoir qu’elles imposent.


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L’accompagnement à la VAE, une manière de sécuriser les parcours professionnels (« Jeudi » de l’Afref)

Article paru dans le Quotidien de la formation le 22 01 2016 - Auteur : Philippe Grandin

« Depuis quatorze ans, nous entendons tout sur la validation des acquis de l’expérience (VAE). Après 4 500 accompagnements réalisés par nos soins, nous pouvons affirmer que le système est bien conçu et qu’il fonctionne plutôt bien. Cependant, des insatisfactions demeurent par rapport au nombre de diplômes délivrés en France », a exposé David Rivoire, directeur du cabinet « VAE Les 2 Rives », lors du « Jeudi de l’Afref » du 21 janvier consacré à ce dispositif créé en 2002. « Il existe différents rapports sur la VAE de manière à la faire fonctionner et la développer. Une question consiste à se demander comment la VAE peut répondre au fait que 40 % de la population active n’a pas de diplôme aujourd’hui et que 150 000 jeunes quittent le système scolaire chaque année », a-t-il ajouté.