Imprimer

Quelles finalités pour la formation professionnelle aujourd’hui ?

Par René BAGORSKI, Président de l'AFREF

Bousculé dès les années 90 par l’irruption des technologies de l’information et de la communication, le périmètre de la formation n’a depuis cessé d’évoluer, avec l’appui du législateur.
Entre révolution technologique et mutations du travail, les frontières communément admises de l’action délivrée en présentiel dans le cadre d’un modèle pédagogique limité à la transmission descendante des savoirs et des compétences ne cessent d’être repoussées. Reste qu’aujourd’hui comme hier, l’intérêt de caractériser une action de formation demeure. Les derniers textes ont entraîné un « double élargissement de l’action de formation » : d’abord par la confirmation de la prise en compte des actions des formations ouvertes et à distance dans le cadre de la loi du 5 mars 2014, ensuite par l’introduction de la notion de parcours de formation avec la loi du 8 août 2016. Si la réforme de 2014 ne fait que confirmer une reconnaissance acquise depuis la circulaire DGEFP du 20 juillet 2001 sur l’imputabilité des FOAD, la loi Travail apporte elle une véritable nouveauté en ajoutant  aux séquences formations la possibilité d’intégrer le « positionnement pédagogique », « l’évaluation » et « l’accompagnement » de la personne qui suit la formation.

 

Complexe, l’appréciation d’une action de formation n’en n’est pas moins précisée par le code du travail qui définit premièrement les « objectifs généraux de la formation » (art. L. 6311-1). Hier centrés sur la promotion sociale et aujourd’hui dédiés à la professionnalisation du travailleur (insertion, réinsertion, maintien dans l’emploi, développement des compétences, élévation du niveau de qualification, …), les objectifs généraux sont complétés par la « typologie des actions de formation » (art. L. 6313-1) : préformation et préparation à la vie professionnelle, promotion de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, prévention, …. Enfin, les modalités de déroulement de l’action de formation sont elles aussi définies par le code du travail (art. L. 6353-1 et D. 6321-1). Et bien sûr, aux critères déjà existants, s’ajoutent désormais ceux liés à la formation à distance et à la notion de parcours.

Le contexte réglementaire étant posé qu’en est-il de la formation professionnelle aujourd’hui ? présentiel ou distanciel ?

La digitalisation constante des entreprises et de leurs collaborateurs pousse la formation professionnelle à se transformer. L'heure est plus que jamais aux Mooc, Cooc, serious games...

6 grandes tendances se dessinent en matière de formation professionnelle

  • Un parcours personnalisé: le digital, en plaçant l’utilisateur au coeur de la relation client, propose de dresser des parcours de formation sur-mesure en fonction du profil du collaborateur, du temps dont il dispose, etc.
  • Le «blended learning» : avec le développement de MOOC, de SPOC ou de COOC, de nombreuses offres de formation à distance s’offrent aux entreprises et aux personnes. 29% des collaborateurs français ont suivi des formations à distance en 2015 selon une enquête de « Digital Académy ». Ce sont les formations en e-learning qui séduisent le plus les professionnels (21% en ont suivi au moins une), ainsi que la classe virtuelle (pour 20% des répondants). En combinant modules en présentiel et modules à distance, les entreprises peuvent créer leur propre mix, optimiser et réduire leur coût.
  • La formation en mode projet : avec l’avènement du digital en entreprise, les méthodes d’apprentissage évoluent. Le formateur doit donc aider les collaborateurs à développer leurs compétences autant que leurs connaissances.
  • Anticiper les futurs besoins des entreprises : partant du principe que 30 à 70% des métiers de demain ne sont pas connus aujourd’hui, l’enjeu de la formation est donc d’anticiper au mieux les futurs besoins en compétences des entreprises, en permettant aux collaborateurs de développer des compétences digitales.
  • La Gamification : l’utilisation de techniques propres aux jeux permettent de placer le collaborateur au centre de sa formation. Mis en situation comme s’il était dans l’entreprise, il mémoriserait mieux le contenu de sa formation.
  • La formation participative : les outils de social learning existants permettent de rendre les échanges entre participants plus riches, et de les prolonger après la fin de la session.

Ces tendances, ne sont qu’une liste d’outils au service du développement économique seul objectif qui vaille lorsqu’on écoute ceux qui en parlent, voire des niches de profit pour ceux qui les développent.

A quand le pari de l'homme, du cœur, de l'âme ? Nombreux sont ceux prêts à oser œuvrer pour ce réveil ! Notamment ceux qui travaillent pour la formation professionnelle. Pourquoi ? Car c'est là que peut se vivre la verticalité, entre le savoir-faire, la confrontation à la matière, à la technique, à la technologie et l'accès à la beauté du bel ouvrage, de la belle pièce, du bel assemblage, de la belle réalisation. Car c'est bien en réalisant que l'on se réalise, grâce à une animation pédagogique vécue suivant ses deux sens, animus et anima, et enrichie par l'accès aux humanités et ce d'autant plus que le numérique se développe. Cela est d'autant plus essentiel que contrairement à ce que l'on croie ou entend, la formation professionnelle n'est pas réservée aux seuls jeunes. Elle est en continuum de 16 à 70 ans. Certes, elle propose l'excellence professionnelle. Elle propose surtout l'excellence humaine de tous âges. Car les compétences auxquelles elle prépare sont évidemment professionnelles mais aussi toutes compétences humaines, artistiques, managériales, humanistes, cognitives, nécessaires à tout citoyen. Voilà pourquoi la formation professionnelle et le développement des compétences tout au long de la vie sont un enjeu pour la France, pour sa jeunesse, pour tous les Français. Elle est au carrefour des enjeux économiques, sociétaux et technologiques. C'est pourquoi elle doit être une priorité pour notre pays, comme pour tous les pays du monde. Et non pas seulement un objet de désir ou de convoitise des gestionnaires, des financeurs, des amateurs de mécano. Elle vaut mieux que cela parce qu'elle promeut l'Homme dans toutes ses dimensions.