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La formation professionnelle aujourd'hui...et demain ? par René Bagorski

 

Nouvelle organisation, responsabilité de former, prise en compte du dialogue social, ressources orientées vers les publics fragilisés, meilleur pilotage, échange employeur/salarié renforcé, suppression de l’obligation de dépenser, qualité, repositionnement de l’humain au coeur de l’enjeu… les objectifs visés par la loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle dessinent le nouveau visage à la formation professionnelle.

René Bagorski, Président de l’AFREF, Association française pour la réflexion et l’échange sur la formation, répond aux questions d’Opcalia sur la formation professionnelle.

(propos recueillis par Eva Baquey - Opcalia)

Vous êtes Président de l’AFREF. Pouvez-vous nous en dire plus au sujet de votre association ?

 


L’AFREF est une association 1901 qui ne s’enferme dans aucun courant de pensée ni dans aucune doctrine mais milite pour que le système de formation français soit pensé et organisé en priorité en vue de l’autonomie et de l’émancipation des personnes sur les plans professionnel et personnel, pour que les différentes modalités d’apprentissages tout au long de la vie soient accessibles à tous, pour le développement personnel, l’inclusion sociale et le développement de compétences professionnelles. Elle constitue un lieu de veille, d’ouverture, d’échange, de débat et de recherche sur la formation et puise sa richesse et sa notoriété dans la pluralité d’expériences et d’opinions de ses membres, de ses intervenants et de son public. Les sujets débattus sont interrogés à l’aune des objectifs de l’AFREF.

Les objectifs précités portés par la loi du 5 mars 2014 s’inscrivent à première vue dans la lignée de vos réflexions, que pensez-vous des évolutions récentes de la formation ?

A première vue, ces objectifs s’inscrivent effectivement dans la lignée des résultats de nos réflexions.
Cependant, en analysant de près les fondamentaux de la réforme, ces derniers se démarquent de notre pensée en ce sens que la formation professionnelle reste intrinsèquement liée aujourd’hui aux besoins économiques multiples que sont ceux des branches, des territoires et, par extension, des entreprises. Si l’humain semble être aujourd’hui acteur de son parcours professionnel, rappelons tout de même que les règles qui régissent ses choix de formations sont aujourd’hui définies par les partenaires sociaux. Un salarié ne pourra mobiliser son CPF que sur des certifications inscrites sur des listes déterminées par les partenaires sociaux (COPANEF, COPAREF, CPNE de branches) et ne pourra pas mobiliser son droit sur d’autres certifications qui auraient pu lui convenir dans le cadre d’un choix hors réponses aux besoins de l’économie. Le fait de lier le droit à des certifications et à des qualifications est certes une avancé mais est également restrictif dans la mesure où le choix est conditionné à certaines certifications. On restreint la liberté à un périmètre très prescrit ! Peut-on dans ce cas parler d’un vrai droit attaché à la personne ? Dans la mesure où un individu ne voit son nombre d’heure CPF évoluer que lorsqu’il est salarié (sauf mesures exceptionnelles à destination de certains demandeurs d’emploi) on a fait le choix dès le départ de restreindre ce droit aux besoins du marché. C’est la contradiction du CPF qui est un droit pour tous les actifs quelle que soit leur statut !

Et en cela, nous nous éloignons des fondamentaux même de la formation professionnelle. Cette dernière apparait pour la première fois dans les textes dans le préambule de la Constitution de 1946 où sont énoncés des droits et libertés fondamentaux, ajoutés d’ailleurs à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen à la fin de la Seconde Guerre mondiale : « la Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. »
Qu’en est-il de l’égal accès ?

Cela ne revient-il pas à se poser la question même du sens donné à la formation professionnelle aujourd’hui ?

Effectivement, nous devons aujourd’hui nous demander vers quelle évolution de la formation professionnelle nous souhaitons aller ? Pour nous la seule réponse aux besoins de l’économie ne peut être le seul objectif. Une personne n’est pas qu’un salarié, un travailleur. Elle est aussi un citoyen qui aspire tout au long de sa vie à acquérir de nouvelles connaissances, compétences dont la finalité ne serait pas uniquement une mise à disposition de celles-ci au marché et aux entreprises ? Ne devons-nous pas envisager la formation au sens d’éducation permanente non pas seulement en fonction des besoins économiques mais surtout en besoin des attentes et intérêts de l’individu lui-même ?
L’AFREF veut continuer à réfléchir en dehors du cadre et s’interroge pour savoir si les choses peuvent être envisagées différemment.
Répondre à des besoins immédiats, liés à un aspect économique à un instant T, n’est pas forcément LA solution. Sans les formations transversales, l’individu pourra-t-il s’adapter demain quand on sait qu’une grande partie des métiers actuels n’existeront plus ?
Ce système qui avait pour vocation de simplifier l’accès à la formation professionnelle est si complexe que des personnes dites « expertes » sont mandatées pour orienter les personnes vers la formation adaptée. Or si le conseil en évolution professionnelle est là pour informer, orienter, accompagner, il est rattaché à des statuts particuliers du coup, non égalitaires. Et bien souvent, ces personnes orientent elles-mêmes vers un catalogue de formations prises en charge dans le cadre des listes définies par les acteurs précités.
Si la formation professionnelle est un investissement immatériel elle devrait à ce titre être déductible pour une entreprise comme pour un individu de ses impôts.

L’AFREF mettra en débat toutes ces thématiques lors de son université qui se tiendra le 15 décembre.

Auteur : Eva Baquey-OPCALIA