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Innovations technologiques en formation, des enjeux financiers aux pratiques pédagogiques

Résumé / intervenants

Avec la loi de réforme de la formation professionnelle et son décret d’application relatif aux FOAD, la formation peut désormais, en toute légalité, s’effectuer, tout ou partie, à distance. On peut penser que cette légitimité nouvelle va renforcer l’intérêt pour ces dispositifs et les possibilités qu’elle ouvre. Mais face aux enjeux financiers qui caractérisent le marché croissant de ces technologies, il importe de se demander, en quoi les innovations actuelles liées à la digitalisation de la formation, sont-elles porteuses à la fois de promesses et de leurres.

Au cours de ce jeudi de l’AFREF, après un rappel du cadre réglementaire en la matière, on cherchera notamment à comprendre comment les formateurs, dans l’usage pédagogique qu’ils ont de ces technologies, tentent de réduire la distance que connait l’apprenant face à l’écran.
Cette présentation sera suivie de témoignages d’expériences d’organismes et d’entreprises, qui permettront de s’interroger et d’identifier les avancées qu’elles proposent, les écueils rencontrés, avec un éclairage spécifique sur la question du rapport au savoir qu’elles imposent.

Claude VILLEREAU, AFREF
Viviane GLICKMAN, enseignant-chercheur en sciences de l'éducation
Yves HINNEKINT, Directeur d’OPCALIA
Thierry CURIALE, Directeur du programme Open Social Learning – Orange Business
Frédéric DUCASSE, Directeur de DIDRO


 Vidéo


 Synthèse

Ne pas confondre innovation technologique et innovation pédagogique

Chaque nouvelle technologie est annoncée comme obligatoirement porteuse d'une révolution pédagogique. Qu'en est-il réellement? La nouvelle réglementation relative aux FOAD [1] facilite-t-elle leur financement par les Opca? C'est pour débattre de ces questions que se sont réunis, le 26 mai 2016, les participants au "Jeudi de l'AFREF" consacré aux "Innovations technologiques en formation, des enjeux financiers aux pratiques pédagogiques".

Du téléphone aux casques d’immersion virtuelle en passant par les Mooc, Cooc et autres Spoc [2], les technologies éducatives n'ont cessé de s'enrichir au fil du temps. Toutefois, d'après Viviane Glickman, enseignant-chercheur en sciences de l'éducation, la seule innovation pédagogique à retenir est "la possibilité de communiquer plus aisément entre apprenants et formateurs et surtout entre apprenants, grâce au numérique. Le reste est secondaire". L'écueil à éviter est l'isolement de l'apprenant. Pour y remédier, elle conseille de "miser sur le tutorat à distance et la reconnaissance de cette fonction". Devenir web conseiller, "cela s'apprend", témoigne de son côté Thierry Curiale, créateur au sein du groupe Orange de la plate forme d'apprentissage Solerni, une solution logicielle permettant de concevoir des expériences innovantes d’apprentissage principalement fondées sur l’ouverture, la collaboration et le développement de compétences par les pairs. "Si l'apprenant est au centre d'un Mooc, le pédagogue est lui, au coeur du processus d'apprentissage", précise l'Open Collaborative Learning Program Manager d'Orange.

Condamnés à être innovants 

L'arrivée des digital natives dans les entreprises enjoint celles-ci à adapter au numérique leurs modes d'organisation et d'apprentissage. "Nous sommes condamnés à être innovants et à aller plus vite dans ce domaine", remarque ainsi Yves Hinnekint, directeur d'Opcalia (Opca interprofessionnel et interbranches). Les salles de cours et autres campus vont se transformer de plus en plus en "learning labs" fourmillant de matériel modulable et high-tech, mis au service de l'expérimentation pédagogique. Toutefois, d'après Thierry Curiale, la numérisation des métiers existants constitue la véritable "transformation civilisationnelle". Le "vrai tsunami" de ce début de 21ème siècle consiste à "faire en sorte que les collaborateurs soient tous numériquement présents et gagnent en autonomie". Y compris les non adeptes de la culture geek…

Assouplissements réglementaires 

La dernière réforme de la formation a assoupli les modalités de mise en oeuvre en tout ou partie de la FOAD dans les entreprises. Elle a également précisé les justificatifs permettant d'établir l'assiduité d'un stagiaire et d'obtenir une prise en charge financière par les Opca. "Le 'zéro papier' n'est cependant pas encore une réalité pour ces derniers", constate le directeur d'Opcalia. Qu'il s'agisse de la gestion administrative des dossiers malgré les efforts des Opca en matière de dématérialisation, des relations avec les organismes de formation ou de la gestion des attestations de présence. "La e-attestation n'est pas encore d'actualité", déplore Yves Hinnekint. Le chantier est cependant en marche. Quatre ou cinq Opca ont en effet obtenu le feu vert de l'administration pour expérimenter l'usage de tablettes électroniques par les stagiaires pour attester leur présence à une formation.

Une FAQ en préparation

"L'objectif est de démontrer qu'il est possible pour les stagiaires de signer autrement et, pour les financeurs, de contrôler la réalisation effective d'une formation. Cela prendra du temps mais il faudra bien y arriver", poursuit le directeur d'Opcalia. D'autant plus que le projet de loi Travail en cours de débat au Parlement prévoit d'élargir aux apprentis la possibilité de suivre leur formation théorique en tout ou partie à distance (article 32 bis). Un autre public d'apprenants à distance dont il faudra contrôler l'assiduité… Pour clarifier cette question des pièces justificatives que les entreprises et les organismes de formation doivent produire, la Délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) et le Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP) préparent un document de foire aux questions (FAQ). Thierry Curiale d'Orange le confirme: "Malgré les évolutions réglementaires, les entreprises sont encore obsédées par le temps que leurs salariés passent en formation."

Le "Jeudi de l'Afref" du 26 mai 2016 a réuni autour de Claude Villereau et René Bagorski, respectivement délégué général et président de l'AFREF: 
Viviane Glickman, sociologue, enseignant-chercheur en sciences de l'éducation. 
Thierry Curiale, Open Collaborative Learning Program Manager d'Orange. 
Yves Hinnekint, directeur d'Opcalia. 
Les débats étaient animés par Frédéric Ducasse, directeur de DIDRO, spécialiste de la formation à distance et des technologies éducatives.


[1] Formations ouvertes et à distance 

[2] Mooc (Massive open online courses), Cooc (Corporate online open courses), Spoc (Small private online courses)