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Accompagner et former

Résumé / Intervenants

Ce « jeudi de l’AFREF » s’inscrit dans la poursuite de la réflexion conduite par l’AFREF en février 2014 : «L'accompagnement est-il l'avenir du formateur?» et en juin 2015 :«Conseil en évolution professionnelle, fin ou évolution du bilan de compétences?».

La loi sur la réforme de la formation professionnelle du 5 mars 2014, a réactivé les notions d’accompagnement et de formation par l’adoption d’un nouveau dispositif : le Conseil en Evolution Professionnelle (CEP).

En nous appuyant sur le cahier des charges de ce dispositif, rappelons-nous que le CEP est une mesure d’accompagnement personnalisée, qui s’adresse à tous les actifs afin de leur permettre de disposer d’un espace pour réfléchir à leur situation et à leurs perspectives d’évolution professionnelle. Son ambition est de favoriser l’évolution et la sécurisation des parcours professionnels des actifs.

Et même si le CEP est un outil au service des actifs qui doit leur permettre de développer leurs aptitudes, leurs compétences et leurs qualifications en lien avec les besoins existants et prévisibles sur les territoires, il ne se réduit pas à la mise en oeuvre d’une formation. Il doit permettre d’accompagner tous les types de projets professionnels, y compris ceux qui ne nécessitent pas la mobilisation d’une formation.

Mais plus de deux années après l’adoption de la loi, qu’en est-il ? La mise en place du CEP a-t-elle produit de réelles innovations au plan de l’accompagnement et de la formation ? Quels sont leurs usages et corrélations, notamment dans les pratiques professionnelles des OPACIF ? C’est à ces questions, dont on développera les détails, auxquelles ce jeudi de l’AFREF tentera d’apporter des réponses.

Claude VILLEREAU, Délégué général de l’AFREF
Sophie MARGOLLÉ , Directrice du Conseil, Fongecif-Île de France
Nicolas RIVIER Chargé de l’orientation et des projets, Fongecif-Île de France
Françoise LEMAIRE, Directrice de projets, Défi-métiers


 Vidéo


 Synthèse

Le CEP, un dispositif de longue haleine qui réinterroge les pratiques d'accompagnement

Un an après la mise en œuvre effective du Conseil en évolution professionnelle (CEP), où en est ce dispositif issu de la loi du 5 mars 2014? Comment les cinq opérateurs nationaux s'en sont-ils emparés? Quel est l'impact du CEP sur le métier de conseiller? Ces questions – et de nombreuses autres… - ont marqué les débats du "Jeudi de l'Afref" du 23 juin 2016 sur le thème: "Accompagner et former".

Le Conseil national de l'emploi, de la formation et de l'orientation professionnelles (Cnefop) a adopté à l'unanimité, le 12 avril 2016, son premier rapport en deux tomes sur le Compte personnel de formation (CPF) et le Conseil en orientation professionnelle (CEP). Constatant le lien étroit entre ces deux droits, le Conseil national a choisi de rédiger un rapport commun. Au terme des travaux conduits au sein des commissions du Cnefop en 2015 et des auditions réalisées début 2016 auprès des principaux acteurs du CEP et du CPF, le conseil a adopté 46 recommandations[1]. Elles visent notamment à faciliter le positionnement des opérateurs du CEP dans leur nouveau rôle, à permettre aux actifs de développer leur autonomie, et à animer les opérateurs du CEP de manière coordonnée au niveau national et régional afin d'obtenir une prestation relativement calibrée sur l'ensemble du territoire. Sophie Margollé, directrice du Conseil au Fongecif Ile-de-France (IDF), habilitée à parler au nom du Cnefop car le Fongecif a été associé à la rédaction du rapport, rappelle que le CEP a pour objet de "favoriser l'autonomie de la personne (tous les actifs quel que soit leur statut)". Elle souligne, à cet égard, que les conseillers "ne doivent pas être dans une posture prescriptive mais d'accompagnement sur son projet personnel".

Hétérogénéité des acteurs

Les cinq opérateurs nationaux désignés par la loi (Fongecif/Opacif, Pôle emploi, Apec, Cap emploi, missions locales) n'étaient pas égaux sur la ligne de départ en termes d'accompagnement individuel, d'où "une grande hétérogénéité observée par le Cnefop entre les acteurs", constate Sophie Margollé. Dans son rapport, le Conseil observe que si les Fongecif/Opacif ont restructuré "en profondeur leur offre de services et souvent leur organisation", les acteurs historiques du Service public de l'emploi (Pôle emploi, Apec, missions locales, Cap emploi) ont "avant tout considéré le CEP comme un prolongement de leur activité et ont eu des difficultés à percevoir le saut qualitatif attendu". Mais le déploiement des trois niveaux du CEP[2] "prendra nécessairement du temps", remarque Sophie Margollé. En 2015, 732 000 personnes ont déjà bénéficié de ce conseil, dont environ 13% ont été accompagnées par le Fongecif IDF. Et les candidatures sont en nette augmentation. Après la phase de lancement en 2015, les opérateurs gèrent désormais la croissance des flux de demandes qui s'est accentuée depuis la fin de la première vague d'entretiens professionnels dans les entreprises en mars denier.

Culture client

Le Fongecif IDF a totalement intégré le CEP dans son offre de services. Il a traduit les trois niveaux en trois actions individuelles: "Je m'informe" (65 210 personnes informées de janvier 2015 à mai 2016), "Je me décide" (7 400 bénéficiaires, en entretien individuel majoritairement), et "Je me lance (2 000 personnes; prestation très ciblée sur le montage financier du projet). "Nous avons adopté une orientation 'client' multicanale (présentiel, téléphone, digital)", précise Nicolas Rivier, chargé de l'orientation et des projets au Fongecif. A l'issue de chaque entretien, un "livrable" (diagnostic, synthèse d'entretien, plan d'action) est remis au bénéficiaire du CEP pour "tracer" son parcours. Le fongecif retient volontairement le mot "client" pour désigner ce dernier, car il souhaite "développer une culture client même si cette prestation est gratuite, afin d'apprendre à mesurer la satisfaction des clients et poursuivre l'adaptation de l'offre de service", décrypte Sophie Margollé.

CEP et bilan de compétences complémentaires

Malgré quelques ressemblances avec le bilan de compétences (BC), les deux dispositifs sont bien distincts et complémentaires. "Le BC créé en 1991 présente des spécificités que le CEP n'a pas. Il développe une compétence clé, l'autonomie", relève Brigitte Billaud, présidente de l'Association syndicales des centres de bilans de compétences (ASCBC) qui, à la création du CEP, s'était fortement inquiétée d'une possible "cannibalisation" du BC par le CEP. Elle tient à rappeler que "le BC continue d'exister en dehors de la mise en œuvre du CEP, mais il devient de plus en plus compliqué de le situer aujourd'hui". Pour Sophie Margollé, "le BC classique comme le BC modulaire ne se substituent pas au CEP". Elle affirme au contraire qu' "ils l'enrichissent sans les concurrencer". Pour preuve: les financements de bilans de compétences par le Fongecif IDF sont aujourd'hui en augmentation.

Des conseillers professionnalisés…

La montée en charge du CEP passe par la professionnalisation des conseillers, en attendant la création d'une certification de conseiller en évolution professionnelle (en cours de réflexion). Les 50 conseillers dédiés au CEP du Fongecif IDF ont été accompagnés par Défi-métiers, le Carif/Oref francilien qui professionnalise d'autres opérateurs du CEP comme Cap emploi. Et "professionnaliser ne se limite pas à former", insiste Françoise Lemaire, directrice de projets à Défi-métiers. Des rencontres d'information ont par exemple été organisées pour appréhender la "posture métier" – les conseillers qui viennent d'horizon différents doivent en effet acquérir "une culture de l'accompagnement" ce qui est différent de la prescription de formation. Ils sont également équipés d'outils pour connaître la réglementation, les circuits financiers de la formation professionnelle et les données économiques et sociales de leur territoire.

… et qui s'interrogent sur leur métier

Lorsque Défi-métiers est intervenu auprès des conseillers de Cap emploi sur la mise en œuvre du CEP, "nous avons constaté que ce nouveau dispositif avait créé des tensions au sein du réseau", se remémore Bernard Barbier, directeur adjoint de Défi-métiers. "En s'interrogeant par exemple sur le sens de 'conseiller' et 'savoir si l'on sait écouter' à propos du CEP, les conseillers de Cap emploi ont été amenés à s'interroger sur le sens de leur action au sein du réseau. Le CEP les a mis dans une posture d'écoute sans qu'ils aient forcément besoin de placer les candidats ce qui, pour eux, est nouveau", précise Bernard Barbier. Ce qui ne fut pas le cas pour les conseillers du Fongecif IDF qui étaient déjà, avant l'arrivée du CEP, experts dans l'accompagnement de projets individuels.

Equilibre entre spécialisation et polyvalence

La mission de conseil en évolution professionnelle a exigé du fongecif qu'il s'interroge sur la question de la spécialisation et/ou de la polyvalence de ses conseillers. "Ils ont moins vocation à être des vecteurs d'informations que des appuis, des médiateurs qui accompagnent les candidats dans leur réflexion. Nos outils doivent les aider à se poser des questions", souligne Nicolas Rivier. La polyvalence des conseillers, le Fongecif IDF l'entend comme "la capacité à intervenir sur différents canaux. On ne leur demande pas de tout connaître". Le CEP vient "percuter le métier des acteurs de l'orientation", complète Bernard Barbier. "Tous les opérateurs apprennent en marchant, et cela va encore se poursuivre", conclut Sophie Margollé.

Le "Jeudi de l'Afref" du 23 juin 2016 a réuni autour de Claude Villereau délégué général de l'Afref :

Sophie Margollé, directrice du Conseil au Fongecif Ile-de-France

Nicolas Rivier, chargé de l'orientation et des projets au Fongecif IDF

Françoise Lemaire, directrice de projets à Défi-métiers

Bernard Barbier, directeur adjoint de Défi-métiers


[1] http://www.cnefop.gouv.fr/rapports-et-avis/rapports/cnefop-premier-rapport-sur-la-mise-en-oeuvre-du-compte-personnel-de.html

[2] CEP de niveau 1: accueil de tout public quelle que soit la structure pour une information de premier niveau; niveau 2 : définition du projet professionnel en lien avec la réalité économique du territoire; niveau 3: mise en œuvre concrète du projet, notamment en termes d'ingénierie financière.